Audit d'accessibilité RGAA : méthode, coût et test gratuit
Un audit d'accessibilité n'a pas à commencer par un devis. La méthode officielle du RGAA est publique, et l'audit peut être mené par l'organisme lui-même : la DINUM parle d'auto-évaluation. Voici les quatre étapes qu'elle décrit — l'échantillon, l'environnement de test, le test des pages, le calcul du taux — et la part qu'un outil gratuit peut prendre en charge.
Testez votre site avant l'audit
Ce qu'est un audit RGAA
L'audit vérifie un échantillon de pages représentatif du site au regard des 106 critères du RGAA 4.1.2, chacun accompagné de tests techniques. Il peut être réalisé par l'organisme lui-même ou par un tiers ; dans les deux cas, c'est à l'organisme de veiller à sa fiabilité (prestataire externe, formation d'experts internes, audits croisés…).
Sa phase finale est la déclaration d'accessibilité, qui rend compte publiquement du résultat.
Un référentiel de 13 thématiques
Les 106 critères sont regroupés en 13 thématiques : images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens, scripts, éléments obligatoires, structuration de l'information, présentation de l'information, formulaires, navigation et consultation. Chaque critère se vérifie par un ou plusieurs tests décrits dans la méthodologie officielle.
RGAA ou WCAG, et l'arrivée du RGAA 5
Le RGAA est la déclinaison française des règles internationales WCAG, avec une méthode de test et une obligation de déclaration. La DINUM indique que le RGAA 5, qui intégrera les WCAG 2.2, est en cours de rédaction avec une publication prévue fin 2026 ; d'ici là, l'audit se mène sur le RGAA 4.1.2, et les travaux en cours ne doivent pas être suspendus.
Qui doit faire un audit d'accessibilité ?
L'article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, mis en œuvre par le RGAA, vise les personnes morales de droit public, les personnes morales de droit privé délégataires d'une mission de service public, et les entreprises dont le chiffre d'affaires atteint au moins 250 millions d'euros (décret n° 2026-816 du 24 août 2026). Ces organismes doivent publier une déclaration d'accessibilité, fondée sur un audit.
Depuis le 28 juin 2025, l'European Accessibility Act s'applique en outre à certains produits et services fournis aux consommateurs (commerce en ligne, services bancaires, transport, communications électroniques…), avec ses propres obligations et sanctions.
Les types d'audit : test automatique, audit rapide, audit de conformité
Trois exercices portent le même nom, mais ne disent pas la même chose :
Le test automatique
Il analyse une page rendue dans un navigateur et repère en quelques secondes les anomalies mesurables. C'est un diagnostic de travail, utile avant et entre deux audits, mais il ne produit pas de taux de conformité.
L'audit rapide de la DINUM : 25 critères essentiels
DesignGouv propose un audit rapide portant sur « un échantillon réduit de 3 à 5 pages et sur les 25 critères (WCAG niveau A) » jugés « absolument essentiels ». Son évaluation « nécessite une bonne connaissance du RGAA ». La DINUM précise que son résultat n'est pas représentatif du niveau de conformité, mais qu'il « donne une bonne idée de la prise en compte ou non du RGAA dans les processus de développement ».
L'audit de conformité
C'est l'audit complet décrit ci-dessous : tous les critères applicables, sur un échantillon représentatif, avec calcul du taux. C'est lui qui fonde la déclaration d'accessibilité. Un premier audit (dit initial) établit l'état des lieux ; un audit de contrôle vérifie ensuite les corrections.
Étape 1 : constituer l'échantillon
L'échantillon comprend au moins les pages suivantes, lorsqu'elles existent :
- la page d'accueil ;
- la page contact ;
- la page mentions légales ;
- la page « accessibilité », qui porte la déclaration ;
- le plan du site ;
- la page d'aide ;
- la page d'authentification.
Compléter l'échantillon
S'y ajoutent, lorsqu'elles existent : au moins une page pertinente par type de service et par utilisation principale (y compris la recherche) ; au moins un document téléchargeable pertinent ; toutes les pages d'un processus, comme un formulaire en plusieurs étapes ou une transaction ; des pages d'aspect ou de contenu différent (tableaux de données, multimédia, formulaires…).
Enfin, des pages tirées au hasard, représentant au moins 10 % de l'échantillon. Le nombre de pages n'est pas fixé : il doit être représentatif du site, et la fréquentation des pages peut guider le choix.
Étape 2 : définir l'environnement de test
Certains critères, notamment ceux de la thématique Scripts, se vérifient avec des technologies d'assistance. Il faut donc fixer une « base de référence » : par défaut, les technologies d'assistance les plus utilisées, avec les navigateurs et systèmes pour lesquels elles sont optimisées. Si l'on connaît les postes réellement utilisés (un intranet, par exemple), la base de référence est celle-là.
Étape 3 : tester chaque page
Chaque page est vérifiée au regard des critères qui lui sont applicables. Un critère est non applicable pour trois raisons seulement : le contenu concerné n'existe pas sur la page (pas de vidéo, pas de critère vidéo), il est exempté, ou il relève d'une dérogation pour charge disproportionnée ET propose une alternative accessible.
La règle de validation est stricte : un critère n'est validé sur une page que si TOUS ses éléments passent les tests. Un seul élément en échec suffit à l'invalider. Dans un processus en plusieurs pages, un critère n'est validé que s'il l'est sur toutes les pages du processus.
Étape 4 : calculer le taux de conformité
Le taux de conformité s'obtient en divisant le nombre de critères validés par le nombre de critères applicables. Un critère compte comme validé seulement s'il l'est sur toutes les pages de l'échantillon ; il compte comme applicable dès qu'il l'est sur une seule page.
La DINUM mentionne aussi un taux moyen : la moyenne des taux de conformité de chaque page. Les deux ne se confondent pas : le modèle de déclaration d'accessibilité impose le pourcentage de critères respectés, et laisse le taux moyen facultatif.
Exemple de calcul
Sur un échantillon de 12 pages, 60 critères sont applicables, c'est-à-dire applicables sur au moins une page. 45 sont validés sur toutes les pages où ils s'appliquent ; les 15 autres échouent sur au moins une page. Le taux de conformité est de 45 ÷ 60 = 75 %.
Corriger un critère en échec sur 11 pages sur 12 ne change rien au taux tant que la douzième page n'est pas corrigée : c'est pourquoi une anomalie récurrente dans un gabarit (en-tête, menu, pied de page) pèse si lourd.
Combien coûte un audit RGAA ?
Pour la DINUM, « le coût d'un audit de conformité au RGAA dépend du niveau de complexité du site (exemples : nombre de pages différentes, types de composants mis en œuvre, technologies, etc.). Il est compris entre 2 000 et 5 000 € HT. » Ce chiffre provient d'une page publiée dans le cadre d'un accord-cadre arrivé à échéance en novembre 2021 : c'est un ordre de grandeur, pas un tarif.
Côté public, le FIPHFP indique participer au financement de l'audit initial d'accessibilité numérique pour les employeurs publics.
Ce qu'un test gratuit fait gagner
Corriger d'abord ce qu'un outil détecte (contrastes, alternatives, étiquettes, langue, structure) évite de payer un auditeur pour relever des anomalies mécaniques. L'audit se concentre alors sur ce qui demande un jugement humain.
Les outils officiels : Ara et le kit d'audit
La DINUM publie un kit d'audit : l'outil Ara, une grille d'audit et des modèles de rapport et de déclaration. Elle précise qu'« Ara n'est pas un outil automatique » : il s'adresse aux expertes et experts et « nécessite une bonne connaissance des 106 critères du RGAA ». Un scan automatique et Ara sont donc complémentaires : le premier détecte, le second sert à conduire et documenter l'audit humain.
Ce qu'un outil gratuit prend en charge, et ce qu'il laisse
Un outil automatique teste ce qui se mesure sans jugement humain : 28 critères sur 106 sont couverts, en tout ou partie, par nos contrôles (axe-core et tests d'expert). Il le fait vite, sur une page rendue dans un vrai navigateur, et repère les anomalies les plus fréquentes : contrastes, alternatives manquantes, champs sans étiquette, langue de page.
Il ne remplace pas l'audit : il ne constitue pas l'échantillon, n'évalue pas la pertinence d'une alternative ou l'ordre de lecture, et ne teste pas avec des technologies d'assistance. Son score n'est donc pas le taux de conformité officiel. Il sert à préparer l'audit en corrigeant d'abord ce qui est détectable, puis à vérifier entre deux audits que rien n'a régressé.
Et après l'audit
Le résultat se publie dans la déclaration d'accessibilité. Un audit fige un état à une date : le déploiement suivant peut réintroduire une anomalie. La surveillance continue (scan régulier, alerte à chaque régression, historique horodaté) couvre cet intervalle.
FAQ
Quel est le prix d'un audit RGAA ?
La DINUM l'estime entre 2 000 et 5 000 € HT pour un audit de conformité, selon la complexité du site (nombre de pages différentes, composants, technologies). C'est un ordre de grandeur publié en 2021, pas un tarif réglementé.
Qu'est-ce que l'audit rapide RGAA ?
Un audit proposé par DesignGouv sur 3 à 5 pages et 25 critères essentiels de niveau A. Il donne une idée de la prise en compte de l'accessibilité, mais ne mesure pas le niveau de conformité et ne suffit pas pour une déclaration.
Comment calculer le taux de conformité RGAA ?
On divise le nombre de critères validés par le nombre de critères applicables. Un critère n'est validé que s'il l'est sur toutes les pages de l'échantillon ; il est applicable dès qu'il l'est sur une seule page. Exemple : 45 critères validés sur 60 applicables donnent 75 %.
Le RGAA 5 change-t-il l'audit ?
Le RGAA 5, prévu fin 2026 selon la DINUM, n'est pas encore publié : les audits se mènent sur le RGAA 4.1.2. La DINUM demande de ne pas suspendre les travaux en attendant.
Peut-on réaliser un audit RGAA soi-même ?
Oui. La méthode officielle prévoit que l'audit soit conduit par l'organisme lui-même (auto-évaluation) ou par un tiers. L'organisme reste responsable de sa fiabilité.
Combien de pages faut-il auditer ?
Aucun nombre n'est fixé. L'échantillon comprend les pages obligatoires qui existent (accueil, contact, mentions légales, accessibilité, plan du site, aide, authentification), les pages représentatives des services et processus, et au moins 10 % de pages tirées au hasard.
Le score d'un outil automatique est-il un taux de conformité ?
Non. Le taux se calcule sur les critères applicables de tout l'échantillon, y compris ceux qu'un outil ne peut pas juger. Un outil couvre 28 critères sur 106 : son score est un indicateur de travail, pas le taux à déclarer.
Le test gratuit est-il vraiment gratuit ?
Oui, sans compte ni carte bancaire : vous entrez une URL et le pré-diagnostic s'affiche. Le suivi continu (plusieurs pages, alertes, historique) demande un compte, gratuit lui aussi.
Sources
Rédigé par Mohamed Seifeddine Bouarada. Mis à jour le . Dernière révision : .